
18 H
HÔTEL D’OLIVARY
10 Rue du 4 septembre 13100 Aix-en-Provence
SIGURD
d’ERNEST REYER
1823 – 1909
Par Lionel Pons
Professeur d’analyse au Conservatoire de Marseille
À LA RENCONTRE DE SIGURD
« L’air de Sigurd en toute sécurité » C’est ainsi qu’un ténor ; sans doute infatué de ses sortilèges vocaux, annonçait à la radio après-guerre qu’il allait balancer dans le micro la musique qu’un auditeur avait demandée. J’ai toujours entendu avec effarement ma mère raconter cette anecdote. D’abord, c’est quoi ce Sigurd ? Un ouvrage entre l’esthétique du meyerbeerien (grâce à Karine Deshayes et à l’Opéra de Marseille, nous connaissons) et le drame lyrique du vieux Klingsor (comme Debussy appelait plaisamment Wagner). Entre les deux Allemands, Reyer convoque Berlioz, son véritable intercesseur.
Sigurd, : livret de Camille du Locle. Alors là, respect i C’est le librettiste du généralissime Don Carlos et l’instigateur de la sublime Aïda, le metteur en scène de la création de Carmen. Du Locle a un assistant dans la tâche de réduction de la mythologie scandinave pas encore germanisée par certain Anneau du Liebelung : Alfred Blau, futur librettiste de cette merveille en cinémascope imaginée par Massenet pour l’exposition universelle de 1889 : Esclamonde que seule la difficulté de trouver une chanteuse capable de darder une série de contre-sol (« La note Eiffel ! ») empêche de s’inscrire au répertoire.
Pour se préparer à voir Sigurd ou le revoir – L’Opéra de Marseille l’a programmé en 1995 pour la Brunehilde monumentale de Françoise Pollet -, mieux vaux oublier Wagner, parce qu’en dehors du rêve de la Walkyrie, le traitement de la légende est complètement différent, moins légendaire justement plus « historique », telle que Fritz Lang l’a génialement filmée en 1924. À visionner absolument.
Un orchestre puissant, coloré, berliozien, et paradoxalement d’une clarté méditerranéenne (Reyer est né à Marseille), avec des « thèmes conducteurs » moins envahissants que les leitmotive wagnériens, d’une élaboration moins complexe aussi, enfin une déclamation lyrique large, adaptée au format héroîque des personnages, comme à l’évolution du rapport fosse/plateau dans les dernières décennies du XIXème siècle, voilà quelques éléments qui devraient vous faire aimer une œuvre qui, comme son héroïne, n’attend que d’être réveillée.
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Une participation aux frais de 5 € est demandée pour cette conférence aux adhérents qui ne réservent pas leur place de spectacle par l’intermédiaire de notre association et de 10 € pour les non adhérents.